La protection des tours de magie

Photo : Artdeos

Afin de déterminer les droits protégeant l’auteur d’une œuvre de prestidigitation, il convient de différencier le tour du numéro.

Selon les définitions les plus classiques, le tour de magie est le résultat visuel perçu par le spectateur : la partenaire coupée en deux morceaux, la colombe qui s’envole du chapeau…

Le numéro de magie est quant à lui un ensemble complexe dans lequel le magicien intègre plusieurs tours de magie à une mise en scène théâtrale incluant des éléments artistiques comme un scénario, un texte, de la musique, des costumes, des décors ou encore des jeux de lumière.
Selon la jurisprudence actuelle, seul le numéro de magie serait susceptible de protection en tant qu’œuvre de l’esprit, et non le tour pris isolément. En effet, le tour est souvent protégé par le secret, ce qui reviendrait à appliquer le droit d’auteur à une simple idée. Or, les idées sont de libre parcours c’est-à-dire qu’elles ne peuvent faire l’objet d’une appropriation par le biais du droit d’auteur.

Pour pallier cette situation, il pourrait être envisageable de soutenir que le tour de magie est en réalité une succession de manipulations, visibles ou secrètes, rythmée selon un ordre précis, s’apparentant alors à une chorégraphie protégeable au titre du droit d’auteur. Cela permettrait d’une part de conférer des droits patrimoniaux à l’auteur de ce tour afin de le protéger contre toute usurpation, et, d’autre part, de lui permettre éventuellement d’agir au titre de son droit moral en cas de révélation du secret du tour protégé. (Guilhem Julia « La protection du secret du magicien par la chorégraphie de l’invisible » La Gazette du palais n° 205/ 206 juillet 2009, p.3.)

Cette solution n’est toutefois pas celle adoptée actuellement par la jurisprudence, extrêmement rare en la matière pour le moment, qui ne demande probablement qu’à évoluer au fil des arguments qui seront présentés aux juges.

5 réflexions au sujet de « La protection des tours de magie »

  1. Lucien

    Certes, mais avant de parler de droit d’auteur,peut-être faut-il d’abord parle de l’auteur? Je m’explique: je comprends bien qu’un magicien ne puisse pas empêcher un autre magicien de reproduire-voire- de dévoiler son tour. Mais peut-il au moins en clamer la création? Plus spécifiquement: en magie, il existe plusiers type de technique qui ont des objetifs. Citons par exemple les forçages (qui consiste à forcer le spectateur à prendre une carte précise à sont insu) ou encore les contrôles (manipulation secrète permettant de positionner à un rang précis une carte choisie par le spectateur). Il en existe des milliers et des milliers et les magiciens rivalisent d’ingénuité pour en inventer tous les jours! Comment en protégé l paternité? Comment faire en sorte que tout le monde sache que c’est ce magicien-ci qui a inventé ce forçage, ce contrôle, ce faux mélange, ce faux comptage, etc. Et non ce ma?gicien-là malgré ce qu’il prétend?

    Bonne soirée, Lucien

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    1. desdroitsdesauteurs Auteur de l’article

      Le droit à la paternité est l’un des attributs moraux de l’auteur. En l’absence de protection par le droit d’auteur, rien ne vous empêche toutefois de revendiquer la paternité du tour que vous avez inventé. S’il est particulièrement technique ou probant, la profession vous rendra vraisemblablement ce qui vous appartient.

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  2. Ping : De la mode à l’impression 3D : petit voyage dans les angles morts du droit d’auteur | :: S.I.Lex ::

  3. desdroitsdesauteurs Auteur de l’article

    Bonjour Alex, et merci pour votre visite :-)

    Le droit d’auteur n’est conférée qu’aux œuvres de l’esprit originales, c’est à dire empreinte de la personnalité de leur auteur (je vous renvoie pour plus de détails au B.A.BA des droits d’auteur). Aussi, si vous parlez d’un gimmick issu du folklore traditionnel par exemple, il s’agit d’une enchainement de notes préexistant qui ne peut être approprié comme appartenant au domaine public.

    Dans le cas contraire, la reprise et la commercialisation d’une œuvre protégée par le droit d’auteur, même sous un autre nom, est constitutif d’acte de contrefaçon dont il est possible d’obtenir indemnisation devant les tribunaux compétents.

    J’espère avoir répondu à votre question. A bientôt !

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